Afin de synthétiser la connaissance des leçons de lecture et d’écriture dans un contexte inclusif, nous avons identifié et analysé 85 textes. Les résultats de cette synthèse montrent une connaissance qui comprend différentes approches ou pratiques pour accepter ou s’adapter pour promouvoir le développement des compétences en écriture et en lecture des élèves du secondaire, en tenant compte de leur diversité. Il est à noter que pour réaliser cette synthèse, nous avons considéré la lecture et l’écriture comme des compétences transversales et nous avons recherché des approches et des pratiques qui ne sont pas seulement dans les cours de français, la langue d’enseignement, mais aussi dans tout autre cours pour lequel l’étudiant mobilise ses compétences pour lire ou écrire pour réussir. Cette recherche a été financée dans le cadre du PREL : Écriture et lecture (Action concertée MEES-FRQSC, 2018-2019).
Volet roulant/GoodLuz
par France Dubé, Université du Québec à Montréal
Lire : Une compétence interactive
La lecture, lorsqu’on l’observe avec un peu de recul, ne se limite jamais à une opération solitaire. Les travaux sur le sujet insistent sur le fait qu’elle s’épanouit lorsqu’on la transforme en expérience partagée : interaction entre l’élève et le texte, mais aussi avec les pairs et l’enseignant. Pour aider les lycéens, qui doivent souvent s’attaquer à des textes longs et complexes, le travail en dyades, en petits groupes ou en ateliers de discussion s’impose comme une piste solide.
Au quotidien, développer la capacité à cerner les thèmes majeurs d’un texte, à le synthétiser, à repérer sa structure ou à en discuter collectivement, ce sont là des gestes qui aident concrètement les élèves à franchir un cap. S’approprier des stratégies comme « parler avec le texte » (Ouellet et al., 2015, p.87) permet d’entrer dans une dynamique d’apprentissage active, qui ne laisse personne de côté.
Partager des stratégies de lecture
Les élèves qui lisent avec aisance ne le doivent pas au hasard. Ils savent mobiliser toute une palette de stratégies : formuler des hypothèses sur la suite du texte, questionner le contenu, se représenter mentalement ce qu’ils lisent, mobiliser leurs connaissances antérieures, reformuler, analyser la structure, vérifier leur compréhension à chaque étape. Lire, c’est gérer une succession de choix : lorsqu’un obstacle surgit, il s’agit d’adopter la méthode adéquate pour avancer. Cette prise de décision constante, ce dialogue intérieur, fonde la compétence du lecteur autonome.
Développer l’écriture au secondaire
Pour renforcer les compétences des élèves en écriture, il ne suffit pas de leur donner une feuille blanche et des consignes floues. Diversifier les outils et les modes d’accompagnement fait toute la différence. Voici quelques leviers concrets qui favorisent cette progression :
- proposer des aides variées, comme des organisateurs graphiques ou des outils numériques, qui permettent de visualiser le processus d’écriture, de structurer ses idées, d’organiser le plan ou encore de jongler avec différents styles ;
- inciter à utiliser des plateformes collaboratives, telles que des forums ou des espaces partagés comme Google Docs, pour écrire à plusieurs mains, échanger et bénéficier de retours en temps réel.
Écrire ensemble pour mieux avancer
Ces pratiques prennent tout leur sens lorsqu’elles s’ancrent dans des situations d’écriture réelles, porteuses de sens pour les élèves. Instaurer un climat propice à l’échange, organiser des ateliers d’écriture collective, instaurer des temps de relecture en binômes : autant de dispositifs qui transforment l’acte d’écrire en une aventure partagée. Les élèves progressent ensemble, s’appuient sur les retours de leurs pairs mais aussi sur les conseils de l’enseignant, et apprennent à réécrire, à affiner leurs textes. L’écriture ne se vit plus comme une contrainte isolée mais comme une démarche progressive, où l’on gagne à multiplier les expériences et à tester différentes manières de s’exprimer.
Récapitulatif des pratiques retenues
Les ateliers collaboratifs, en favorisant le choix et l’adaptation des stratégies selon les besoins de chacun, s’avèrent particulièrement efficaces dans les classes hétérogènes. Pratiquer l’écriture chaque jour, dans toutes les disciplines, ancre les acquis et rend les stratégies efficaces plus naturelles à mobiliser.
Autre levier : inviter les élèves à publier ou à partager leurs productions. Cette perspective les motive, les responsabilise, et donne du poids à leur travail : ils deviennent auteurs ou éditeurs, sous le regard bienveillant de l’enseignant. Ces défis, loin d’être accessoires, ouvrent la porte à de vraies réussites. L’enseignant qui accompagne ses élèves dans ce processus montre que la réécriture, la révision, ne sont pas des punitions mais des étapes incontournables pour progresser.
Approfondir la compétence disciplinaire
En matière de compétence disciplinaire, il est nécessaire d’aborder d’abord le contenu spécifique à chaque matière : avant de se lancer dans la rédaction, l’élève doit avoir assimilé les notions clés. De nombreux spécialistes encouragent à multiplier les situations où l’on « écrit pour apprendre » (Graham, Harris & Santangelo, 2015). Prendre le temps de rédiger un résumé, de composer un texte bref à la première personne, de tenir un carnet d’apprentissage ou même de réaliser une vidéo explicative : toutes ces formes permettent de fixer les nouvelles connaissances de manière durable.
Dans ce contexte, l’enseignant peut demander à ses élèves de produire, par exemple, une brochure numérique, un document multimédia ou un podcast, pour mobiliser le vocabulaire et les concepts abordés en classe. En variant les supports, on donne à chacun la chance de trouver sa voie, de s’approprier la lecture et l’écriture sous un angle qui lui parle vraiment.
Il convient aussi de rappeler que l’alphabétisation ne s’arrête pas à la lecture : proposer des textes issus de genres variés, accompagner les élèves avec des outils adaptés à l’écriture multimodale, puis leur demander de réutiliser les mots nouveaux, c’est leur offrir un terrain d’expérimentation riche et stimulant.
Pour aller plus loin
Dubé, F., Ouellet, C. et Dufour, F. Pratiques pédagogiques visant à promouvoir le développement de l’alphabétisation à l’école dans le contexte de l’intégration scolaire (rapport du FRQSC). Repéré à www.frqsc.gouv.qc.ca/documents/11326/5852604/f.dube_report_synthese_Practices-education.pdf/2569668-BA82-4CC0-8F8D-C7477C8061a
Fancsali, C., Abe, Y., Pyatigorsky, M., Ortiz, L., Hunt, A., Chan, V.,… Jaciw, A.P. (2015). Les effets de la Formation à la lecture pour améliorer l’enseignement secondaire (RISE). High School Academic Competence Project : Rapport sur les expériences randomisées dans les écoles de Pennsylvanie et de Californie. Palo Alto, CA : Éducation empirique.
Graham, S., Harris, K. R. et Santangelo, T. (2015). Chercheurs dans les pratiques écrites et le noyau commun : méta-analyse et méta-synthèse. The Primary School Journal, 115 (4), 498-522.
Granger, N. et Dubé, F. (2017). L’organisateur graphique comme outil pour accompagner les enseignants-resources au secondaire : analyse des perceptions des enseignants (sur la compréhension de textes disciplinaires). Education, Science & Society, 2, 88-108. http://ojs.francoangeli.it/_ojs/index.php/ess/article/view/4583/236
Kamil, M. L., Borman, G.D., Dole, J., Kral, C., Salinger, T., et Torgesen, J. (2008). Améliorer l’alphabétisation des jeunes : une présence efficace et des pratiques d’intervention : un guide pratique (NCEE #2008 -4027). Washington, DC : National Center for Education Assessment and Regional Support, Département de l’Éducation des États-Unis. Reperé https://ies.ed.gov/ncee/wwc/Docs/PracticeGuide/adlit_pg_082608.pdf
Mason, L. H., Reid, R. et Hagaman, J.L. (2012). Bâtir la compréhension des jeunes : Des stratégies puissantes pour améliorer la lecture et l’écriture dans les domaines du contenu. Baltimore, MD : Brookes Publishing Company.
Ouellet, C., Croisetière, C. et Boultif, A. (2015). Meilleure lecture et compréhension à l’école secondaire : évaluation et perspectives d’un projet de recherche collaboratif. Québec français, (174), 86-87. Repéré à https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2015-n174-qf01737/73650ac/
Source de l’image : Shutterstock/Goodluz
L’acronyme CTBT désigne les technologies T de la formation et de la communication C pour l’éducation en ligne. Ces outils numériques, de plus en plus présents dans les établissements, ouvrent de nouvelles possibilités pour diversifier l’enseignement et l’apprentissage.
En définitive, développer la compétence disciplinaire ne relève pas d’une recette unique : c’est un chantier permanent, qui se construit dans la diversité des pratiques et l’attention portée à chaque élève. À chaque page tournée, une nouvelle occasion de grandir et de s’approprier le savoir se présente.


